Le procès Breivik ou l’insoutenable flux

Depuis hier, je me surprends à suivre assidûment le fil twitter de @visionscarto et @OlivierSweden, journalistes en couverture du procès de Anders Behring Breivik, jeune conservatiste norvégien qui a jugé bon d’assassiner des jeunes militants du parti travailliste. La politique par le vide, c’est un point de vue. Tout le procès réside en la définition de son état d’esprit. Est-ce un fou ? Un vrai, un qu’il faut soigner ? Ou un homme normal qu’il faut mettre en prison (on pourrait se poser des questions sur la vacuité de ce point de vue mais comme dit Rachida, ce n’est ni le lieu ni l’endroit).

Moi qui ai du mal à terminer une partie de Call of Duty, je ne pense pas être en mesure d’imaginer le degré de folie qu’il faut pour en arriver là, c’est pour cette raison que j’ai choisi de suivre la timeline Twitter de ces 2 journalistes courageux qui vont chaque jour affronter l’horreur en direct et nous la retranscrire.

Parce que le peuple a le droit de savoir, ce procès est ouvert, c’est la grande différence entre la France et la Norvège, par exemple.

Le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils n’ont pas peur du froid : de la reconstitution froide et implacable de ce jour horrible.

On fait toujours ça, vous n’avez qu’à voir comme le périph ralentit en cas d’accident: on veut voir, on veut savoir.

En France on appelle ça du voyeurisme, c’est sale comme l’exhibitionnisme qui pousse les jeunes à se prendre en photo et à les partager via les réseaux sociaux. On peut aussi appeler ça de la curiosité, un besoin plus fort que les émotions de comprendre à quel point chaque seconde de notre vie, on échappe à la mort.

Comprendre Brevik… Il y a de cela 10 ans, nous n’y penserions même pas. Aujourd’hui, par l’intermédiaire d’un live twitt, des phrases entières parviennent jusqu’à nos yeux.

Et on l’écoute, Brevik.

Il dit qu’il a du tirer 2 fois pour être sûr que les gens ne faisaient pas semblant d’être morts. Quelques secondes plus tard Il dit qu’il comprend ce qu’ils ont enduré, qu’il a du se mettre en pilote automatique, ce moment où seule la mission compte, que s’il s’était arrêté devant les visages de ces jeunes, il n’aurait pas pu aller au bout.

Et voila qu’étrangement ce monstre de l’horreur prend à mes yeux une dimension humaine.

Les réseaux sociaux, un simple fil twitter auront suffit à me le rendre humain.

Alors que quelques jours plus tôt j’aurais voulu lui bruler la rétine et lui arracher la plante des pieds, aujourd’hui je dis : qu’on l’enferme et qu’on n’en parle plus… Cet homme fait pitié. Tout ce qu’il dit dans le but de prouver qu’il n’est pas fou le rend un peu plus marteau.

Ce moment où l’on accepte d’être touché par la part humaine du monstre (ailleurs que dans un épisode de Charmed) c’est le moment où le monstre a débarqué chez nous, par l’intermédiaire d’une technologie qui a rendu possible la discussion en temps réel dans le monde entier.

L’humain 2.0.